
Bébé bave, mordille tout ce qui passe à portée et dort mal depuis trois nuits : la poussée dentaire est le premier coupable désigné, souvent à juste titre. Elle occupe une bonne partie des deux premières années et se traverse presque toujours sans médicament. Le vrai enjeu est ailleurs : savoir ce qu’on peut raisonnablement mettre sur son compte, et ce qu’il ne faut surtout pas lui attribuer.
Un calendrier indicatif, jamais une norme
Les premières dents apparaissent le plus souvent vers six mois, mais l’éventail est large : certains bébés naissent avec une dent, d’autres n’en ont aucune le jour de leur premier anniversaire, et les deux situations sont banales. L’ordre, lui, est assez constant : incisives centrales du bas, puis celles du haut, incisives latérales, premières molaires, canines, et enfin les deuxièmes molaires. Les vingt dents de lait sont généralement en place vers trois ans.
Les molaires et les canines ont la réputation d’être les plus inconfortables, tout simplement parce que la surface qui traverse la gencive est plus large. Un décalage familial est fréquent : quand les parents ont percé tard, l’enfant fait souvent de même. En l’absence de toute dent vers dix-huit mois, un avis vaut la peine, sans caractère d’urgence.
Ce qu’on peut lui attribuer, ce qu’on ne peut pas
Les signes plausibles
- une gencive gonflée, tendue, parfois bleutée à l’endroit où la dent pousse ;
- une salivation abondante, avec des rougeurs sur le menton et le cou ;
- un besoin de mordre en permanence, y compris vos doigts ;
- de l’irritabilité et des nuits hachées pendant deux ou trois jours ;
- une joue rouge et chaude du côté concerné ;
- des selles un peu plus molles et des fesses irritées, sans plus.
Ces manifestations restent limitées dans le temps et tournent autour de la dent qui perce. Elles s’estompent une fois la pointe passée, en quelques jours.
Les signes qui ne viennent pas des dents
Une fièvre franche, une diarrhée abondante, des vomissements répétés, une toux, une éruption sur le corps ou un bébé nettement abattu ne sont pas des symptômes de poussée dentaire. Les dents poussent pendant plus de deux ans, période qui coïncide avec les premiers hivers en collectivité et la fin de la protection transmise par la mère : les infections banales tombent forcément au même moment. Mettre une vraie fièvre sur le dos d’une dent, c’est risquer de passer à côté d’autre chose. On cherche donc une autre explication, quitte à être rassuré ensuite.
Soulager, concrètement
Le froid, mais pas le congélateur
Le froid engourdit la gencive et calme l’inflammation. Un anneau de dentition laissé une vingtaine de minutes au réfrigérateur fait très bien l’affaire ; passé au congélateur, il devient dur comme de la pierre et peut blesser la muqueuse. Un gant de toilette propre, humidifié puis refroidi, que bébé mâchouille sous votre surveillance, marche tout aussi bien et ne coûte rien. Pour un enfant déjà diversifié, un bâtonnet de concombre froid tenu par un adulte est souvent bien accueilli.
Le massage, l’allié le plus simple
Avec un doigt propre, appuyez fermement mais sans brusquerie sur la gencive gonflée, par petits mouvements circulaires, pendant une minute environ. La pression soulage nettement plus que la caresse. Si bébé se dérobe, enroulez une compresse humide autour de votre index : le contact passe parfois mieux. Répétez au moment du coucher, qui est en général le passage difficile de la journée.
Ce qu’il vaut mieux laisser de côté
- les colliers d’ambre et autres colliers à porter : aucun bénéfice démontré, et un risque réel d’étranglement ou d’étouffement ;
- les gels à visée anesthésiante utilisés sans avis, en particulier avant deux ans ;
- le miel, le sucre ou un biscuit frotté sur la gencive ou déposé sur la tétine, qui abîment des dents à peine sorties ;
- tout produit alcoolisé passé sur les gencives ;
- les anneaux remplis de liquide mis au congélateur, qui peuvent fuir.
Quand la douleur coupe l’appétit ou empêche franchement de dormir, un antalgique ponctuel se justifie. Évitez seulement de recopier la graduation retenue pour un aîné, ou celle d’il y a six mois : apportez-nous la boîte, nous vous dirons ce qui convient à votre bébé aujourd’hui.
Les premières dents se brossent déjà
Dès qu’une dent est visible, un passage rapide matin et soir suffit, avec une brosse à très petite tête et à poils souples, et une trace de dentifrice fluoré adapté à l’âge, de la taille d’un grain de riz. L’enfant tient la brosse s’il en a envie, l’adulte repasse derrière : la dextérité nécessaire n’arrive pas avant plusieurs années. Le biberon de lait ou de jus laissé dans le lit reste, lui, la cause la plus classique de caries précoces. Une première visite chez le dentiste dans l’année qui suit la première dent installe de bonnes habitudes sans dramatiser.
Quand consulter
- un bébé de moins de trois mois a de la fièvre pendant que ses gencives travaillent : la dent n’explique rien à cet âge, faites-le examiner sans laisser passer la journée ;
- la fièvre dépasse 38,5 °C, dure plus de deux jours ou s’accompagne d’un abattement inhabituel ;
- la diarrhée est abondante, les vomissements répétés, ou bébé refuse de boire et mouille peu ses couches ;
- il pleure de façon inconsolable plusieurs heures, ou reste anormalement somnolent ;
- la gencive présente une grosseur, du pus ou une zone très rouge et douloureuse en un point précis ;
- aucune dent n’est sortie vers dix-huit mois ;
- les dents apparaissent tachées, striées ou mal formées ;
- un choc sur la bouche a déplacé une dent ou fait saigner la gencive de façon persistante.
Vous hésitez entre une dent qui perce et autre chose ? Décrivez-nous la journée de votre enfant, ce qu’il boit, ce qu’il dort : notre équipe vous aidera à faire la part des choses et vous dira quand il vaut mieux consulter.
Ces repères sont d’ordre général : seul un professionnel qui examine votre bébé peut se prononcer sur sa situation.
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Rubrique : Grossesse & enfants
