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Otite de l’enfant : reconnaître et réagir

Otite de l’enfant : reconnaître et réagir

Un enfant enrhumé depuis quelques jours qui se réveille en hurlant au milieu de la nuit, porte la main à son oreille et repousse son biberon après deux gorgées : la scène est très banale entre six mois et trois ans. L’otite moyenne aiguë compte parmi les motifs de consultation les plus fréquents à cet âge, et elle survient presque toujours dans les suites d’un simple rhume. La reconnaître ne sert pas à poser un diagnostic soi-même, mais à ne pas laisser une douleur s’installer et à faire examiner l’oreille au bon moment.

Pourquoi les tout-petits font autant d’otites

L’oreille moyenne, située derrière le tympan, communique avec l’arrière du nez par un conduit étroit, la trompe d’Eustache. Chez le jeune enfant, ce conduit est court, souple et presque horizontal : les sécrétions d’un rhume y remontent sans difficulté et l’air circule mal. Du liquide s’accumule alors derrière le tympan, la pression augmente et la douleur apparaît, souvent en fin de journée ou dès que l’enfant est allongé.

En grandissant, la trompe s’allonge et s’incline, ce qui explique que la plupart des enfants font beaucoup moins d’otites après cinq ou six ans. En attendant, quelques facteurs pèsent réellement : la vie en collectivité, les rhumes à répétition de l’hiver, la tétine gardée toute la journée et surtout le tabac dans l’air du logement ou de la voiture. Moucher souvent, laver le nez, aérer les pièces et ne jamais fumer à l’intérieur ne suppriment pas le risque, mais ils le réduisent.

Les signes chez un enfant qui ne parle pas encore

Un nourrisson ne dira pas qu’il a mal à l’oreille. Il le fait comprendre autrement, et souvent la nuit, parce que la position allongée augmente la pression derrière le tympan.

  • des pleurs inhabituels, difficiles à calmer, qui repartent dès qu’on le recouche ;
  • une main qui revient sans cesse vers l’oreille, ou une tête frottée contre le matelas ;
  • un refus du sein ou du biberon après quelques succions, car la déglutition réveille la douleur ;
  • une fièvre qui remonte alors que le rhume semblait s’améliorer ;
  • un bébé qui ne se retourne plus au bruit, ou un plus grand qui fait répéter ;
  • un écoulement jaunâtre dans le conduit, parfois suivi d’un soulagement brutal.

Ce dernier signe correspond le plus souvent à un tympan qui a cédé sous la pression. C’est impressionnant, mais la perforation se referme en général spontanément ; elle impose en revanche de faire voir l’oreille rapidement.

Rhume ou otite : le repère utile

Un rhume ordinaire donne un nez qui coule, parfois un peu de fièvre les deux premiers jours, et un enfant grognon mais qui boit, mange et dort à peu près. L’otite vient se greffer dessus, fréquemment vers le troisième ou le quatrième jour : la douleur passe au premier plan, la fièvre repart, les nuits redeviennent difficiles. Le meilleur indice n’est donc pas l’intensité du rhume, c’est le changement de trajectoire — un enfant qui allait mieux et qui, brusquement, va de nouveau moins bien.

Autant le dire franchement : rien de tout cela ne permet de conclure depuis le salon. Seul l’examen du tympan à l’otoscope montre s’il est normal, rouge, bombé ou rempli de liquide, et cette distinction change entièrement la suite. C’est aussi pour cette raison que le choix du traitement revient au médecin qui a regardé l’oreille, et à lui seul.

Soulager en attendant le rendez-vous

La priorité, c’est la douleur, bien avant le chiffre du thermomètre. Un antalgique adapté au poids de l’enfant, donné à heures régulières plutôt qu’au coup par coup, change souvent la nuit du tout au tout. La dose et l’intervalle entre deux prises sont justement les deux points où les erreurs sont les plus fréquentes : nous les vérifions volontiers avec vous, ordonnance ou pas.

  • lavez le nez au sérum physiologique plusieurs fois par jour, enfant couché sur le côté, en instillant dans la narine du dessus ;
  • surélevez légèrement le plan de couchage côté tête plutôt que d’ajouter un oreiller ;
  • proposez à boire souvent, par petites quantités ;
  • évitez la piscine et l’eau dans l’oreille tant que le tympan n’a pas été examiné ;
  • posez contre l’oreille un linge tiède plié en quatre, quelques minutes, si l’enfant se laisse faire — rien à l’intérieur du conduit.

Ce qu’il ne faut pas mettre dans l’oreille

Devant une oreille douloureuse, la tentation d’y verser quelque chose est forte. C’est précisément ce qu’il faut éviter tant que le tympan n’a pas été vu : s’il est perforé, des gouttes, une huile végétale ou une huile essentielle passent dans l’oreille moyenne et peuvent aggraver la situation. Même prudence avec les cotons-tiges, qui tassent le cérumen au fond du conduit et irritent la peau, et avec les bougies auriculaires, sans intérêt démontré et responsables de brûlures.

L’entretien se limite au pavillon et à l’entrée du conduit, avec le coin d’un gant humide, puis on sèche doucement. Le reste se nettoie tout seul.

Quand consulter

  • votre enfant n’a pas trois mois et sa température monte : à cet âge, on ne laisse pas passer la nuit sans avis médical ;
  • la douleur résiste à l’antalgique ou empêche totalement l’enfant de dormir ;
  • du liquide ou du sang s’écoule par le conduit auditif ;
  • la zone osseuse derrière l’oreille est rouge, gonflée ou douloureuse, ou l’oreille se décolle ;
  • l’enfant est très abattu, geignard, difficile à réveiller, la nuque raide, ou il vomit à répétition ;
  • vous constatez une asymétrie du visage, des vertiges ou une perte d’équilibre ;
  • les signes persistent au-delà de deux à trois jours, ou les otites reviennent plusieurs fois dans le même hiver ;
  • vous avez l’impression que votre enfant entend moins bien après l’épisode.

Une oreille douloureuse un dimanche soir, un doute sur la dose d’antalgique, un lavage de nez que votre enfant refuse en bloc : venez nous en parler, nous prendrons le temps de regarder cela avec vous.

Une oreille douloureuse ne se diagnostique qu’en la regardant : rien de ce qui est décrit ne remplace cet examen.

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