
La voie rectale a mauvaise presse et fait sourire, mais elle dépanne : un enfant qui recrache tout, des nausées qui empêchent d’avaler quoi que ce soit, une gorge trop douloureuse. La question qui revient le plus souvent tient en trois mots : dans quel sens ? Elle mérite une réponse, à condition de commencer par le reste, qui compte davantage.
Pourquoi cette forme existe encore
Un suppositoire est fait d’un corps gras qui fond à la température du corps et libère la substance active, laquelle passe ensuite dans la circulation ou agit sur place. On y a recours quand la bouche n’est pas praticable : vomissements, refus d’un sirop, difficulté à avaler, sommeil d’un tout-petit. Ce n’est pas la voie de premier choix lorsqu’on peut avaler, car l’absorption y est un peu moins régulière d’une personne à l’autre. C’est en revanche une solution de secours précieuse.
Se préparer en trois minutes
- Allez à la selle avant si le besoin s’en fait sentir : un rectum vide favorise le contact avec la paroi.
- Lavez-vous les mains avant et après.
- Si la chaleur a ramolli le suppositoire, laissez-le quelques minutes au réfrigérateur dans son emballage fermé, le temps qu’il redevienne ferme.
- Ne le sortez de son alvéole qu’au dernier moment, en écartant les deux languettes de plastique.
- Humidifiez la pointe avec un peu d’eau froide : le passage se fait plus facilement.
- Ne coupez jamais un suppositoire en deux pour ajuster une dose : la substance active n’y est pas répartie de façon homogène. Demandez plutôt une forme adaptée au poids.
La position, la profondeur et le fameux sens
Installez-vous allongé sur le côté, la jambe du dessous tendue et celle du dessus repliée vers le ventre ; debout, un pied posé sur une chaise fonctionne aussi. Introduisez le suppositoire franchement, de façon à dépasser le sphincter — environ deux à trois centimètres chez l’adulte, nettement moins chez un enfant. Serrez les fesses quelques instants, restez allongé cinq minutes et évitez d’aller à la selle dans la demi-heure qui suit.
Quant au sens, deux écoles coexistent depuis longtemps. La plus répandue, et celle que décrivent la plupart des notices, consiste à introduire la pointe en premier : la forme conique guide le passage. D’autres conseillent d’engager la base plate en premier, en estimant que le sphincter se referme mieux derrière lui et le retient. Dans les deux cas, le vrai déterminant est ailleurs : il faut l’enfoncer suffisamment. Un suppositoire posé à l’entrée ressort systématiquement. En cas d’hésitation, la notice du produit tranche.
Chez le nourrisson et le jeune enfant
Installez l’enfant sur le dos, jambes relevées vers le ventre comme pour changer une couche, ou sur le côté. Un geste calme, annoncé, sans dramatisation : les enfants supportent bien mieux ce qui leur est expliqué. La dose se choisit toujours en fonction du poids, pas de l’âge seul, et une boîte prescrite pour un frère ou une sœur ne se réutilise pas.
S’il ressort intact dans la minute qui suit, vous pouvez le remettre en place. S’il ressort plus tard ou déjà partiellement fondu, n’en remettez pas un second sans avis : une partie de la dose a été absorbée et le risque est alors de doubler la prise. Sachez aussi que le corps gras peut laisser une trace dans la couche : c’est normal.
Conservation : l’ennemi, c’est la chaleur
Un suppositoire se garde au sec, à l’abri de la lumière et sous vingt-cinq degrés. La boîte à gants d’une voiture, le dessus d’un radiateur et l’étagère d’une salle de bain sont trois mauvaises adresses. L’été, le bas du réfrigérateur convient très bien, jamais le congélateur. Et si un suppositoire est déformé, huileux ou collé à son alvéole, il a souffert : mieux vaut ne pas l’utiliser et rapporter la boîte.
Quand consulter
- Une douleur vive, un saignement ou une plaie au moment de l’introduction : la voie rectale n’est alors pas adaptée.
- Une fissure anale, une crise hémorroïdaire ou une diarrhée en cours.
- Un nourrisson de moins de trois mois qui a de la fièvre : un avis le jour même s’impose, quelle que soit la forme du médicament.
- Une fièvre qui dépasse trois jours, ou qui réapparaît après une accalmie.
- Un enfant inhabituellement somnolent, geignard, qui refuse de boire ou qui vomit à répétition.
- Du sang dans les selles, ou des douleurs abdominales qui s’installent.
- Le moindre doute sur la dose à donner par rapport au poids de l’enfant.
Un suppositoire refusé, fondu ou mal supporté n’est pas une impasse : il existe souvent une autre forme pour la même substance. Demandez-nous ce qui existe à l’âge concerné, nous vous expliquerons les avantages et les limites de chacune.
On parle ici de bon usage et non de posologie : la dose et le rythme dépendent de l’âge, du poids et de ce qui a été prescrit.
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Rubrique : Médicaments
