
Un œil retient bien moins de liquide qu’une goutte n’en contient : tout ce qui dépasse est perdu d’avance. Réussir un collyre ne consiste donc pas à en mettre davantage, mais à placer la goutte au bon endroit et à l’y garder une minute. C’est aussi ce qui explique qu’un flacon se vide deux fois plus vite que prévu quand la paupière se ferme trop tôt.
Avant d’ouvrir le flacon
La préparation évite la moitié des ratés. Lavez-vous les mains à l’eau et au savon, puis séchez-les. Vérifiez le nom du produit et, s’il y a plusieurs flacons, l’œil concerné : droit, gauche ou les deux. Un flacon conservé au réfrigérateur se réchauffe quelques instants dans le creux de la main, car une goutte froide déclenche un clignement réflexe. Retirez vos lentilles, gardez un mouchoir propre à portée et installez-vous quelque part où vous pouvez appuyer votre coude.
Le geste, sans jamais toucher l’œil
- Asseyez-vous et inclinez la tête en arrière, ou allongez-vous : c’est plus stable.
- Tirez doucement la paupière inférieure vers le bas avec l’index. Une petite poche apparaît entre la paupière et l’œil : c’est là que la goutte doit tomber, pas sur la pupille.
- Regardez vers le haut, en fixant un point du plafond.
- Tenez le flacon à un ou deux centimètres au-dessus de cette poche, sans toucher l’œil ni les cils. Poser le bord de la main sur le front stabilise le geste.
- Déposez une seule goutte. L’œil n’en retient pas davantage : la deuxième déborde et part sur la joue.
- Fermez les yeux doucement pendant une à deux minutes, sans serrer les paupières et sans cligner.
- Appuyez avec le doigt à l’angle interne de l’œil, contre le nez, pendant une minute : cela freine l’écoulement du produit vers la gorge et améliore son action locale.
- Essuyez l’excédent avec le mouchoir, de l’intérieur vers l’extérieur.
Si le réflexe reste plus fort que la volonté, une astuce fonctionne bien : allongez-vous, yeux fermés, déposez la goutte dans le coin interne de l’œil, puis ouvrez la paupière. La goutte glisse d’elle-même.
Aider un enfant ou une personne âgée
Instiller une goutte à quelqu’un d’autre est souvent plus facile qu’à soi-même, à condition de bien installer la personne. Faites-la s’allonger, ou asseoir la tête appuyée contre un dossier haut, et placez-vous derrière elle plutôt qu’en face : la main vient alors dans le prolongement du regard et le flacon ne devient pas menaçant. Un tout-petit se tient allongé sur le dos, la tête calée entre vos genoux, les bras maintenus par une couverture légère si nécessaire. Annoncez le geste, comptez à voix haute, et déposez la goutte dans le coin interne de l’œil s’il refuse d’ouvrir : elle se répartira à la première ouverture des paupières.
Quand plusieurs produits se suivent
L’œil est un très petit réservoir. Deux gouttes appliquées coup sur coup se chassent l’une l’autre et la première n’a pas le temps d’agir.
- Attendez au moins cinq minutes entre deux collyres différents, un quart d’heure si votre organisation le permet.
- Commencez par le plus fluide : collyre d’abord, gel ensuite, pommade en dernier.
- Une pommade trouble la vue pendant plusieurs minutes : réservez-la plutôt au coucher.
- Si l’ordonnance précise un ordre ou des horaires, ils priment sur toute habitude.
Lentilles, conservation, partage
Les lentilles souples se retirent avant l’instillation et se remettent un quart d’heure après : certains conservateurs se fixent sur le matériau et irritent l’œil. En cas de traitement prolongé ou d’yeux sensibles, les unidoses sans conservateur sont souvent plus confortables.
Notez la date d’ouverture sur le flacon. Un multidose se garde en général quelques semaines seulement une fois entamé, parfois moins, et la notice fait référence. Une unidose se jette après usage même s’il reste du liquide : elle ne contient rien pour empêcher les germes de s’y développer. Enfin, un collyre ne se prête jamais, pas même entre conjoints : une conjonctivite se transmet très bien par un embout. Et si le liquide a changé de couleur ou d’aspect, il part à la pharmacie, pas dans l’œil.
Quand consulter
- Une vraie douleur de l’œil, et pas seulement une gêne ou un picotement.
- Une baisse de la vision, une vision floue qui s’installe, des halos autour des lumières.
- Un œil rouge très sensible à la lumière, surtout d’un seul côté.
- Un œil rouge et douloureux chez un porteur de lentilles : retirez-les et faites-vous examiner rapidement.
- Une sensation de corps étranger qui persiste, ou une projection de produit chimique : rincez abondamment à l’eau et rejoignez les urgences.
- Aucune amélioration après deux jours de traitement, ou une aggravation.
- Chez le nourrisson : une paupière gonflée, rouge et chaude, ou un œil collé qui s’accompagne de fièvre.
Si le geste vous paraît impossible à réaliser seul, dites-le-nous : nous pouvons le reprendre ensemble au comptoir et vous montrer les positions qui conviennent le mieux.
Ce qui est décrit plus haut porte sur la technique ; le collyre lui-même, son rythme et sa durée sont fixés par l’ordonnance.
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Rubrique : Médicaments
